
Défilé lors de la Fashion Week à Paris, en France, en hommage aux prisonniers de Bukele. @ Capture d’écran YouTube (Willy Chavarria)
Après avoir été déportés des Etats-Unis par Donald Trump, 252 très jeunes migrants Vénézuéliens sont actuellement séquestrés en prison par Nayib Bukele au Salvador. Christian Rodriguez nous livre ici une analyse de leur situation et de la campagne internationale à laquelle COHESIA participe en faveur de leur libération.
Depuis plusieurs années, la supposée opinion publique internationale est influencée par de nombreuses idées fausses diffusées par différents médias et présentées comme des vérités absolues.
Le harcèlement médiatique mondial contre la soi-disant « dictature du Venezuela » a été brutal, caricatural et vise à atteindre l’objectif de la guerre communicationnelle menée par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux organismes internationaux qui se sont joints à ce plan de discrédit du Venezuela.
Telles sont les raisons qui nous ont poussés à écrire un livre qui relate nos observations de la réalité vénézuélienne lors des dernières élections présidentielles.
Habitués à tant de mensonges et de fausses informations, ces mercenaires de la communication ont créé un récit international à partir de la fiction du célèbre « Tren de Aragua », une sorte de nouveau spectre qui parcourt le monde, semant la violence sous les ordres de Maduro, qui serait évidemment le chef du cartel, d’après la CIA.
Cela a contribué à créer les conditions qui justifieraient par tous les moyens la persécution, d’une violence terrifiante, de ces nouveaux dangereux criminels. Tous de nationalité vénézuélienne, désignés comme membres du Tren de Aragua.
On parle ici d’un plan prémédité visant à être exporté à travers le monde. Des Vénézuéliens présentés par les médias sensationnalistes comme les nouveaux narcos et dangereux criminels post-Pablo Escobar. Ainsi, les feuilletons de la plupart des chroniques policières sensationnalistes du monde entier se sont remplis de cette histoire, à quelques exceptions près, dans les pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord.
À titre d’exemple, nous pouvons citer le cas du Chili, où, en cette période d’élections présidentielles, les campagnes politiques consistent à demander aux candidats potentiels s’ils sont pour ou contre le Venezuela ou Cuba, ce qui revient quasi à leur demander s’ils seraient d’accord pour accueillir ou tuer des Vénézuéliens.
Cela exacerbe l’idée de vouloir accueillir ou rejeter les migrants vénézuéliens dans le pays, car le climat « fascisant » qui règne laisse entendre qu’il faudrait les exterminer tous, les condamner à l’ostracisme, car les expulser serait tout simplement trop généreux.
Dans ce récit du prétendu « Cartel du Tren de Aragua » parcourant le monde, semant le chaos social, responsable de tous les maux, personne n’aurait pu imaginer, il y a encore quelques mois, qu’il était possible d’enlever impunément 252 Vénézuéliens, poursuivis sur tout le territoire américain, de les arrêter sous de fausses accusations ou avec de fausses promesses d’un retour dans leur patrie.
Pour la plupart jeunes, ces supposés délinquants mis en cause sous prétexte d’appartenir au Tren de Aragua, ont été identifiés uniquement par le fait qu’ils portaient ou non des tatouages sur le corps, les catégorisant sans aucun doute comme des terroristes et des délinquants dangereux, faisant écho aux gangs appelés « Maras » du Salvador.
Ce sont 252 Vénézuéliens qui ont d’abord été enlevés sur le sol américain, puis embarqués dans des avions pour être livrés à un pays tiers, le Salvador de Bukele, le « Milei d’Amérique centrale », qui a empoché une importante somme d’argent de la part du gouvernement américain.
Bukele a proposé ses services pour que les prétendus terroristes vénézuéliens soient incarcérés dans la prison appelée « CECOT », Centre de confinement pour terroristes. Cette sinistre prison inaugurée en 2023, d’une capacité de 40 000 détenus, est la plus grande prison d’Amérique latine, où l’on sait dès l’entrée que personne n’en ressort indemne. Cette prison est devenue un spectacle contemporain de la cruauté humaine.
De nombreuses organisations internationales ont dénoncé le CECOT, cette prison où aucun avocat, membre de la famille ou défenseur des droits de l’homme ne peut y accéder. Une prison sombre, secrète, cruelle. Même dans le cas des Vénézuéliens enlevés, la liste officielle avec leurs noms et prénoms n’a pas été communiquée, et de nombreux proches cherchent encore à savoir si leurs enfants s’y trouvent ou s’ils sont toujours portés disparus.
Il s’agit pour la majorité de jeunes gens qui exerçaient différents métiers et qui ont tous émigré avec l’espoir de contribuer et de soutenir leurs familles au Venezuela, qui sont soumises à un blocus par le biais desdites mesures coercitives visant à étouffer l’économie vénézuélienne, avec la même cruauté que celle exercée depuis des décennies par les États-Unis contre le peuple cubain. Il s’agit là d’une forme de punition pour le simple fait de penser et de vouloir construire une société quelque peu différente du capitalisme dépravé.
La raison d’être de cette campagne
A Caracas, nous avons rencontré un certain nombre de familles des personnes déportés. Nous avons écouté leurs témoignages qui expriment la douleur de ces pères, mères, proches et amis des 252 personnes enlevées et actuellement détenues dans la prison du CECOT au Salvador.
Ce sont des histoires multiples et diverses, la plupart afférentes à des jeunes qui cherchaient un avenir différent pour eux-mêmes et leurs familles.
« Migrer n’est pas un crime », disent-ils tous, s’excusant en montrant des photos ; « nos enfants ont des tatouages, mais ce ne sont pas des criminels », disent-ils, comme si le droit à la liberté absolue de disposer de son corps était remis en question et criminalisé, niant que chaque individu puisse disposer de son corps comme il l’entend, en l’occurrence se faire tatouer, ce qui n’est pas un crime.
Des mères, des pères, des proches désespérés cherchent une explication, veulent comprendre pourquoi leurs enfants, leurs maris, leurs frères sont accusés d’être des terroristes du jour au lendemain, alors que la plupart d’entre eux communiquaient presque quotidiennement avec leurs familles au Venezuela avant d’être enlevés par les milices anti-immigrants de Trump.
Finalement, ils les font monter dans un avion, les kidnappent, les font apparaître au Salvador, leur mentent en leur disant qu’ils seront expulsés vers leur pays d’origine. Beaucoup de leurs proches l’ont appris par les médias, essayant de reconnaître leurs enfants menottés à la sortie de l’avion, d’autres les ont attendus à l’aéroport de Caracas.
Ces 252 personnes sont de jeunes travailleurs exerçant différents métiers : coiffeurs, tatoueurs, musiciens, ouvriers du bâtiment, employés de cuisine, etc. D’autres étudient l’anglais.
Certains ont fondé une famille dans leur nouveau pays. D’autres venaient d’arriver ou vivaient depuis longtemps aux États-Unis. Ce sont les histoires de millions de migrants en quête d’un présent et d’un avenir meilleurs.
La campagne contre les migrants est mondiale, ajoutée aux discours de ceux qui exercent des politiques d’exclusion, ainsi que le racisme et la haine, qui s’installent sur la scène mondiale, comme s’il s’agissait d’une campagne cruelle, orchestrée par les droites extrêmes, avec les organisations internationales qui prônent la haine envers les migrants.
En France, Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur de Macron, inspiré par Trump, a organisé une gigantesque rafle dans les métros, les trains, les bus et les lieux de rencontre, visant les migrants sans papiers. Plus de 4 000 policiers ont été mobilisés dans cette opération nationale de contrôle contre l’immigration illégale, sans précédent. Ils se déploient à la recherche d’étrangers sans papiers, mais comment les reconnaître ? Parce qu’ils sont arabes ou africains, ou ont la peau foncée, ou sont noirs ?
En France, il existe une expression pour illustrer ce type de discrimination : « délit de sale gueule ».
Le président français, Emmanuel Macron, s’est rendu en Angleterre et a convenu avec le Premier ministre britannique d’échanger des migrants, en les classant en deux catégories : légaux ou illégaux, utiles ou inutiles, bons ou mauvais. Certains peuvent venir, d’autres seront expulsés, d’autres acceptés.
À l’heure actuelle, aux États-Unis, la population migrante est kidnappée, expulsée, persécutée jusque dans les supermarchés et les lieux de travail.
Ainsi, la chasse ouverte, visant en particulier la communauté immigrée mexicaine, est ouverte, et la communauté immigrée réagit en se défendant dans les rues, en organisant des marches, en sensibilisant et en alertant l’opinion publique. Trump répond en s’affichant aux côtés de centaines de crocodiles affamés qui entourent un centre de rétention de migrants, le lieu de détention le plus sinistre avant l’expulsion. Alligator Alcatraz, créé comme un nouveau Disneyland où les animaux peuvent manger les humains, sous le regard indifférent de l’opinion publique mondiale.
Dans le même temps, Trump a menacé d’expulser le candidat démocrate à la mairie de New York, Zohran Mamdani, parce qu’il est d’origine étrangère : « Nous n’avons pas besoin de communistes dans ce pays, mais si nous en avons un, je vais le surveiller de très près au nom de la nation ». Personne n’est épargné dans cette folie démente qui consiste à chercher parmi les migrants les nouveaux criminels de ce que l’on pourrait appeler le « Tren de Aragua mondial », la fiction devenue réalité de la haine et du racisme.
Seule la lutte nous rendra libres
Les familles vénézuéliennes ont dénoncé, se sont mobilisées, se sont organisées et ont agi pour défendre leurs proches kidnappés. Elles se sont rendues au siège de l’ONU à Genève pour dénoncer ces faits, demander de l’aide, courageuses et déterminées à se battre jusqu’à leur libération. Le gouvernement vénézuélien les a soutenues dans cette juste et noble cause en intervenant au niveau international pour exiger le retour immédiat dans leur patrie des 252 Vénézuéliens séquestrés au Salvador.
Ici, en France, pendant la semaine de la mode à Paris, le créateur de mode d’origine mexicaine Willy Chavarría a réalisé une performance dénonçant le traitement inhumain réservé aux migrants vénézuéliens. Cela n’a pas du tout plu au président du Salvador, Nayib Bukele.
La performance consistait en un défilé sur un podium d’une rangée d’hommes agenouillés, les mains liées dans le dos, symbolisant ainsi les étrangers qui ont été expulsés depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et la mise en place d’une politique d’immigration brutale.
Les vêtements portés par les mannequins sont ceux imposés aux détenus du CECOT, la méga-prison construite par Nayib Bukele, où ont été envoyés les Vénézuéliens expulsés des États-Unis.
Bukele a déclaré dans un tweet samedi 28 juin qu’il pouvait expulser des prisonniers vers la France :
« Nous sommes prêts à les envoyer à Paris dès que nous aurons reçu le feu vert du gouvernement français », s’est moqué celui qui se présente comme le dictateur le plus cool du monde et qui a fait de la guerre contre les gangs le fer de lance de sa politique.
Dénoncer la « déshumanisation » des migrants partout dans le monde est une urgence, c’est pourquoi nous lançons cette campagne internationale aux côtés des familles des personnes enlevées. Nous appelons toutes les organisations qui souhaitent participer à unir leurs forces.
« Aujourd’hui pour toi, demain pour moi », personne ne peut rester indifférent face à une telle monstruosité, nous devons défendre tous les droits. Migrer n’est PAS un crime.
